« 12 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 241-242], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5521, page consultée le 26 janvier 2026.
12 octobre [1844], samedi matin, 10 h. ¾
Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour, mon adoré petit Toto. Bonjour, mon pauvre cœur
triste, bonjour, bonjour, comment vas-tu ce matin ? As-tu pris un peu de repos cette
nuit, mon cher bien-aimé ? Es-tu moins inquiet de M. [illis.] ce matin ? J’attends que
tu viennes avec bien de l’impatience pour savoir comment tu vas et comment va ce
pauvre malade. Malheureusement, ce temps est bien contraire aux vieillards.
Tâche de venir bientôt, mon adoré, je t’ai si peu vu cette nuit que cela ne peut pas
compter. Pour me faire trouver le temps moins long, mes yeux vont de ton cher petit
buste à ta petite médaille et de la médaille au médaillon1. Mais tous ces chers petits portraits, loin de
diminuer mon impatience, l’accroissent encore davantage. Ce genre de bonheur ressemble
au plaisir de boire dans un petit verre quand on a une soif inextinguible. Enfin,
il
vaut encore mieux une goutte d’eau que rien du tout. Il vaut encore mieux son Toto
en
effigie que pas du tout, je le reconnais de toutes mes forces.
Jour Toto, jour
mon cher petit o. Ne sois pas triste, mon Victor, mon noble cœur, mon généreux homme, ne sois pas triste. Regarde dans mon cœur, tu y verras l’amour
le plus pur, le plus tendre et le plus dévoué qui ait jamais existé. Ne souffre pas
si
tu ne veux pas que je sois la plus malheureuse des femmes.
Juliette
1 Juliette a récemment fait l’acquisition de ces portraits de Victor Hugo.
« 12 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 243-244], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5521, page consultée le 26 janvier 2026.
12 octobre [1844], samedi soir, 4 h. ¾
Je suis bien heureuse, mon adoré, que tu sois moins tourmenté qu’hier1. Pauvre ange
bien aimé, je ne peux pas supporter la pensée que tu souffres ou que tu es triste.
Merci, mon Toto chéri, merci, tu as trouvé le vrai moyen de me faire attacher du prix
aux choses qui ne me viennent pas directement de toi. Tu as
fait avec moi aujourd’hui comme on fait avec les enfants : belle
fille qui n’est pas gourmande2
et à qui on rend le nanan3 pour la récompenser
de sa générosité. Moi qui ne suis pas une petite fille, je reprends bela et bien la chose et je me l’applique
avec d’autant plus d’enthousiasme.
Sais-tu bien, mon amour, que sans toi j’avais
perdu 500 F. Car il est probable que tu ne m’aurais pas
demandé la monnaie de ton billet de 1000 F. avant trois ou
quatre jours. Quand j’y pense, j’en suis encore toute ébouriffée. Heureusement que
tu
as eu la présence d’esprit de t’apercevoirb à temps de ma stupidité. Au reste, c’est la première et ce
sera la dernière fois que cela me sera arrivé.
Baise-moi, mon cher amour,
baise-moi. Je n’ai pas encore eu le courage de me séparer de ma médaille4 pour l’envoyer chez Barbedienne. Cependant, il le faut car ce hideux
marchand ne saurait plus ce qu’on veut lui dire si je tardais davantage. Ce sera
difficile mais il le faut. Je t’aime trop. C’est bien vrai, mon Dieu.
Juliette
1 Hugo se faisait du souci pour un ami malade.
2 Citation à élucider.
3 Nanan : « sucreries », en langage enfantin. Il peut également s’agir de toute bonne chose.
4 Juliette a fait l’acquisition d’une médaille de Victor Hugo il y a deux jours. Elle veut en faire ôter la vitre.
a « belle ».
b « appercevoir ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
